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JOURNEES D’ETUDE JCSA 2022

27-28 septembre 2022

CORPS PLURIELS ET VIOLENCE

REGARDS DIFFERENCIÉS EN SHS 

Conduits par une pensée anthropomorphique, nous avons une propension à identifier immédiatement le corps au corps humain en omettant alors la pluralité des formes que le corps peut revêtir. Or l’homme n’est pas l’unique dépositaire de la corporéité. Il pourrait désigner ce « qui est et ce qui n’est plus, à l’être et au non être »[1]. (Chantal Jaquet) 

Ce sujet reste encore aujourd’hui au cœur des débats politiques, sociaux et des recherches. Le mouvement est tout autant produit par le(s) corps que perçu, et peut être compris au sens de déplacement physique, de capacité d’action sur le plan individuel ou social, symbolique ou matériel. Suivant cette perspective plusieurs thématiques peuvent être déclinées. Nous en proposons là quelques amorces non exhaustives qui trouveront une richesse dans la singularisation que chacune et chacun des participants voudra bien y apporter

–       Corps, évolutions et identités

Le corps, composante physique et matérielle de l’individu tout autant qu’élément d’un ensemble social, est l’objet de normes évoluant suivant les sociétés, les époques et les espaces. Les travaux de Michel Foucault [2]sont à ce titre fondateurs. L’évolution est entendue comme un changement affectant à l’échelle sociale les représentations et les normes contraignant le corps, suivant un processus d’incorporation des normes, comme examine Norbert Elias[3],  et à l’échelle individuelle comme une évolution physique confrontée à diverses représentations. Les représentations des corps, voilés, dévoilés, les vêtements en tant qu’attributs sociaux sont autant d’éléments à interroger. De plus, ces évolutions ont des conséquences sur les mouvements des corps, en leur imposant des limites, des normes, des cadres dans lesquels celui-ci est pensé et se manifeste. Enfin, les transformations du corps entrent en résonance avec la construction de soi, de l’individu en tant qu’être social. En ce sens, il convient d’interroger l’évolution du « corps-identité », en transcendant les deux principes irréductibles orthodoxes issus de la philosophie classique. 

–       Corps et performance

La thématique corps en déplacement ou mouvement(s) peut dès lors être comprise de multiples manières. Le déplacement ou le mouvement peut d’abord être réalisé par le corps. Il est en ce sens action, performance, tout autant que déplacement spatial. Le mouvement est alors une traduction matérielle de la pensée, d’une intention dans l’espace physique, dont le corps est le médiateur. Il s’agit d’interroger tout autant les capacités physiques des corps, les recherches de maximisation, de performance dans les arts et le sport, que les limites qui entravent ce mouvement.

–       Corps et mobilité, déplacement(s)

La notion de mobilité(s), migration(s) et mouvement(s) invite à questionner les spatialités, l’espace physique et géographique dans lesquels se manifeste le corps. Dans le cadre des migrations, tant actuelles que passées, la question des frontières, des mouvements autorisés ou limités, de l’expérience vécue du corps constitue quelques pistes exploitables, fragmentaires. Le corps en mobilité, migration ou mouvement est à appréhender comme un corps en situation dans un contexte socio-culturel et physique, environnemental. Il est fait hypothèse que le rapport au système, à la nature, au paysage, au monde urbain, etc., serait des pistes à interroger. Nous pourrons nous questionner de savoir comment ces déplacements, individuels ou collectifs, sont-ils vécus, perçus et représentés à travers le corps. Quels sont les impacts sur les espaces, leurs usages et leur perception ?

–       Corps collectifs et mouvements sociaux

Le(s) corps et le(s) mouvement(s) soulève(nt) in fine le problème de raisonnement entre l’ensemble et le particulier, entre l’individu et la société qui peut être interrogée au prisme des mouvements comme courant de pensée ou d’action collective pensant ou mettant en scène le corps. Il s’agira d’interroger les dynamiques du « faire corps ». 

Comment fait-on corps et comment cela se traduit-il dans les mouvements sociaux ? comment le corps est-il performé, mis en scène dans ces mouvements, ou au contraire malmené, contraint ? Comment se codifie-t-il entant que système ?

Livret de présentation des journées :

JOURNéES D’ÉTUDE JCSA 2020

16 & 17 janvier 2020

« Dans la trame de ces motifs »

Sujets et enquêtes en Sciences Humaines et Sociales

Dans la continuité des journées d’études de 2019 qui examinaient les présences et les rôles des affects dans la recherche en sciences humaines, l’édition 2020 souhaite interroger ce point inaugural de toute expérience concrète de recherche : qu’est-ce qui de nous, nous engage dans la re- cherche ? Plus précisément, il s’agirait d’étudier comment nos expériences sensibles concourent à l’élaboration de la connaissance, comment la scientificité des sciences humaines et la constitution de savoirs fondés sur des méthodes définies, sont imprégnées d’abord par la reconnaissance de vécus à partir desquels peut se constituer la visée d’un travail. Comment, en outre, la définition de nos champs de recherches rend compte de notre subjectivité sans pour autant qu’ils ne dérivent ipso facto de notre subjectivité ?

Suivant cette perspective plusieurs thématiques peuvent être déclinées. Nous en proposons là quelques amorces non exhaustives qui trouveront une richesse dans la singularisation que chacune et chacun des participants voudra bien y apporter.

– La mise à distance.

Dans Engagement et distanciation, Norbert Elias examine cette dialectique constituante entre le sujet et les formes sociales. Ainsi écrit-il : “c’est la tâche des chercheurs en sciences sociales que de trouver les moyens de comprendre les configurations mouvantes que les hommes tissent entre eux, la nature de ces liaisons ainsi que la structure de cette évolution. Les chercheurs sont eux- mêmes inscrits dans la trame de ces motifs. Ils ne peuvent s’empêcher – car ils sont immédiatement concernés – de les vivre de l’intérieur ou par identification.” Tout en reconnaissant la nécessité première de ces liens, comment pouvons-nous en décliner des modèles pour une analyse objective ? Comment par ailleurs, éprouver des méthodes sans craindre d’en orienter, malgré soi, les résultats ?

– La position.

Dans son ouvrage de sociologie visuelle, Ce que regarder veut dire, Daniel Vander Gucht élabore une méthode d’investigation sociologique à partir du regard en insistant d’abord sur l’importance d’une conscience de notre position d’observateur. Elle permettrait à la fois de rappeler que l’être est “être-au-monde”, et de baser l’objectivité scientifique dans la responsabilité quant à ce qui nous lie aux valeurs, ”afin de neutraliser autant que possible les effets de notre subjectivité”. Mais pouvons-nous résoudre l’impact du sujet à la question d’une méthode ? Et comment celle-ci peut- elle nous garantir toutefois qu’au terme d’une argumentation clarifiée par l’énoncé premier de notre position, nous ne nous laissions en déduire des conclusions “allant de soi” ? (Raymond Bou- don)

– L’expérience

En partant de ce qui est proposé par François Dubet, nous pouvons dire que, si l’on part du sens commun, on peut affirmer que le concept d’expérience n’est qu’une notion ayant un sens vague et ambigu. Ceci, car elle nous renvoie vers deux genres de phénomènes que – au premier abord – l’on pourrait désigner comme contradictoires. D’un côté, nous avons l’expérience en tant que façon au travers de laquelle l’acteur découvre une subjectivité personnelle lorsqu’il éprouve le monde : état émotionnel, manifestation individuelle, et irrationnelle, voire mystérieuse, au travers de laquelle l’acteur incorpore le monde par le biais de ses émotions et ses sensations. Cependant, il existe aussi une signification de l’expérience que l’on pourrait désigner comme activité cognitive au tra- vers de laquelle l’acteur construit le monde (Peter Berger et Thommas Luckmann), et donc le réel, moyennant des catégories sociales qui lui permettent de vérifier – et donc expérimenter – précisément ce monde qui l’entoure. Comment décrire, ou classifier, sociologiquement ce type de phénomènes que l’on désigne comme expériences ?

– L’intersubjectivité.

Enfin, nous pourrions suivre la position de Magali Uhl pour qui la subjectivité n’est pas “un obstacle à neutraliser, éliminer, refouler”, mais plutôt l’occasion féconde d’intensifier la démarche sociologique de la question épistémologique de l’ontologie sociale. Selon cette auteure, la démarche théorique en sciences humaines doit réaffirmer le rôle constituant du sujet, comme garant d’ “une connaissance auto-réflexive, une connaissance de soi, une connaissance où il y a une identité partielle ou totale du sujet et de l’objet dans une interaction dialectique incessante” afin d’articuler de nouveaux champs de savoirs. Mais est-ce qu’une telle démarche, aussi séduisante soit-elle, peut être mise à l’épreuve en toutes recherches sociologiques ?