«L’intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d’en varier indéfiniment la fabrication.»
Henri Bergson, L’évolution créatrice
Ni nouvelle discipline, ni objet à constituer, ni finalité épistémologique, la socio- anthropologie constitue plutôt un concept médiateur permettant de saisir la genèse des divers modes de connaissance du soi et de l’autre. Interroger cette posture (interdisciplinarité, transversalité et décloisonnement des sciences humaines) se situe ici dans le cadre d’un cycle de colloques internationaux et interdisciplinaires centrés autour de la question récurrente : «Comment peut-on être Socio-anthropologue aujourd’hui ?» dont l’invité de la session 2011 est Alain Gras.
Cette grande question n’est pas entendue comme l’occasion pour chacun d’ap- porter une réponse convenue mais plutôt comme le prétexte d’animer un débat, de favoriser l’échange entre chercheurs de formations diverses et de proposer un lieu de libre discussion.
Pour le socio-anthropologue interroger l’Homme comme être historique et culturel, revient à se reposer en permanence la question de l’Autre, de cette étrangeté qui nous contraint à recréer sans cesse de l’altérité dans nos propres méthodes et dans nos propres catégories de pensée, nous obligeant alors à nous demander si le discours socio-anthropologique peut vraiment permettre de parler de l’autre sans parler de soi ou «faire parler» l’autre.
L’homme s’actualise indéfiniment et diversement selon les temps, les lieux et les acteurs. Il s’invente de manière multiple et inattendue et la notion d’Anthropos en constitue le symbolisateur nodal spécifique permettant de produire cette posture interdisciplinaire particulière qui se donne comme objectif de comprendre le rôle du social dans l’invention et la production de l’humain et de ses institutions, le terme institution ne se limitant pas au sens restreint d’organisation mais recouvrant, outre les « arrangements sociaux fondamentaux », toutes les croyances et tous les modes de conduite (représentations, pratiques et trajectoires) institués par les différentes collectivités humaines et aboutissant à des agencements culturels diversifiés et à des processus de production de connaissance.
Il est clair dès lors que la socio-anthropologie n’est pas une nouvelle discipline constituée par l’adjonction de deux autres, mais plutôt la construction d’une posture spécifique privilégiant la transversalité disciplinaire, on parle parfois de transdisci- plinarité, de l’Histoire à l’Economie, de la Psychologie à la Linguistique, en passant par l’Ethnologie, la Sémiologie, la Sociologie, la Démographie, la Géographie, etc, et fondée sur le constat que l’Humain (l’Anthropos) n’existe pas sans représentations, sans discours ou désirs (i.e. Idéologie), l’ordre social sécrétant un ordre du discours qui sécrète lui-même un ordre social.
Présupposant et impliquant d’inverser/renverser les points de vue et de permettre de dépasser les rigidités monodisciplinaires ces rencontres grenobloises visent à discuter et disputer autour de cette posture spécifique s’inscrivant dans le mouve- ment général d’une altération en retour, d’une mise en perspective de l’ici par l’ailleurs, d’une production du soi par l’autre, d’un agencement possible entre le proche et le lointain. Elles revisitent cette année le questionnement socio-anthropologique à travers les thèmes récurrents de l’œuvre d’Alain Gras : Technique, Temps, Energie, Technologie, NTIC, Bio-Nano-Technologies, Aviation, Progrès, Evolution, Macro-systèmes techniques, Ecologisme, Evolutionnisme, Aéronautique civile et militaire, etc…
L’objectif est, on l’aura compris, moins de traiter prioritairement des travaux d’une personnalité scientifique que de situer la perspective socio-anthropologique à partir de ses recherches et de son œuvre.
21 & 22 janvier 2011
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